lundi 22 novembre 2010

La mort est mon métier, de Robert Merle

Vous avez aimé le récit de Grenouille, dans Le Parfum de P. Suskind?                     Car le personnage de Robert Merle, Rudolph Lang, est un monstre à sang froid. Dans la vraie vie, il s'appelait Rudolph Hoess et était commandant du camp d'Auschwitz. Grâce à son ingéniosité et à son sens pratique, il a fait de ce camp un modèle de productivité en terme d'abattoir humain. Taylor et Ford peuvent aller se rhabiller : tout avait été pensé en terme de rapidité d'exécution, de mise en condition psychologique, ou encore de récupération (ce qu'on appellerait du recyclage de nos jours). 
Ce qui nous semble "acquis" à nous autres les descendants de la seconde guerre mondiale, a été une œuvre impressionnante de créativité et d'ingéniosité pour une destruction de masse : c'est la force de ce livre. A sa lecture, il y a comme un déclic qui se fait : "mais bon sang, ce camp, c'est vraiment une œuvre impressionnante de...!... de...!...".
En dehors de sa portée historique, le récit est aussi impressionnant du fait qu'il est écrit du point de vue du personnage central. Une véritable gageure pour l'auteur, un rôle de composition qu'il tient à merveille jusqu'à la fin. 
Enfin, si vous avez en tête l'acteur Ralph Fiennes, qui joue le rôle d'un autre commandant de camp de travail dans La Liste de Schindler, sachez qu'on est encore loin de l'inhumanité d'un Rudolph Lang...

1 commentaire:

amélie a dit…

Tout à fait d'accord avec ton commentaire !
vous vous rappelez le sujet de philo "peut on dire d'un acte qu'il est inhumain?" et ben on y est ! d'ailleurs un psy à la fin déclare ce "héros" qu'il est complétement déshumanisé.. Bon certes, il vient d'un contexte familial assez glauque, il a vécu la misère dans l'entredeux guerre... Robert Merle voulait montrer que les nazis n'étaient pas des monstres, des "non hommes", bref il voulait interroger l'humanité de chacun, c'est chose faite.. Je me demande: comment a t-il pu en arriver là? Comment sa conception de l'honneur a t-elle pu le faire dévier de toute morale, de toute conscience ? Il croyait bien faire... Le pire, c'est qu'il en regrette rien, il obéissait aux ordres ! Ce n'est que la lâcheté d'Himmler, qu'il vénérait et qui le laisse tomber, qui le fait douter de l'ordre, et non l'acte en lui même... A méditer...