lundi 22 novembre 2010

La mort est mon métier, de Robert Merle

Vous avez aimé le récit de Grenouille, dans Le Parfum de P. Suskind?                     Car le personnage de Robert Merle, Rudolph Lang, est un monstre à sang froid. Dans la vraie vie, il s'appelait Rudolph Hoess et était commandant du camp d'Auschwitz. Grâce à son ingéniosité et à son sens pratique, il a fait de ce camp un modèle de productivité en terme d'abattoir humain. Taylor et Ford peuvent aller se rhabiller : tout avait été pensé en terme de rapidité d'exécution, de mise en condition psychologique, ou encore de récupération (ce qu'on appellerait du recyclage de nos jours). 
Ce qui nous semble "acquis" à nous autres les descendants de la seconde guerre mondiale, a été une œuvre impressionnante de créativité et d'ingéniosité pour une destruction de masse : c'est la force de ce livre. A sa lecture, il y a comme un déclic qui se fait : "mais bon sang, ce camp, c'est vraiment une œuvre impressionnante de...!... de...!...".
En dehors de sa portée historique, le récit est aussi impressionnant du fait qu'il est écrit du point de vue du personnage central. Une véritable gageure pour l'auteur, un rôle de composition qu'il tient à merveille jusqu'à la fin. 
Enfin, si vous avez en tête l'acteur Ralph Fiennes, qui joue le rôle d'un autre commandant de camp de travail dans La Liste de Schindler, sachez qu'on est encore loin de l'inhumanité d'un Rudolph Lang...

Marie Stuart, de Stefan Sweig

Quand on vous parle de l'Écosse, vous pensez à quoi? Franchement!
Franchement? Je pense au débat sur le kilt (slip ou pas slip?), à la pluie, au whisky et au monstre du Loch Ness. Et peut être à Sean Connery. 
Et dorénavant je penserai à Marie Stuart. Voui. On a tous entendu parler de cette reine, nimbée de flou historique et de semi-drame, mais dont il est impossible d'expliquer la raison de cette sensation de connu... qui n'en est pas vraiment... 
Résumons : la vie de Marie est un drame à la Shakespeare où grandeur et servilité se disputent, où la passion succombe à l'ennui. A la base, je me demandais pourquoi Stefan Sweig s'était attelé à sa biographie plutôt qu'à la grande d'Élisabeth I. De fait, ce personnage n'a pas marqué l'Histoire comme sa cousine. Il n'a pas mené l'Écosse à son apogée, n'a pas fait de mariage avec un grand roi, ou encore bâti ou écrit une quelconque œuvre. Non, l'intérêt à porter sur Marie Stuart est tout autre : sa vie elle-même est un drame. 
Et son auteur est un admirable psychologue de l'âme, qui observe son patient avec un certain détachement, tout en effectuant un beau travail d'historien.
Cependant... je crois que je fais une overdose de biographie à la Stefan Sweig : toujours très bien écrit, détaillé, précis, son texte se lit avec plaisir, certes, mais je n'ai pas eu autant de plaisir à le lire que la bio de Marie Antoinette ou de Fouché. Si je devais recommander une lecture, ce serait plutôt ce dernier d'ailleurs : le célèbre chef de Napoléon avait une autre envergure!